Quel accompagnement en matière d’assurance ?

Les PME/PMI algériennes ont évolué dans un environnement socioéconomique marqué par trois grandes différentes phases de l’indépendance à nos jours :

  • De 1963 à 1982, les PME/PMI qui appartenaient aux étrangers ont été intégrées dans le patrimoine des sociétés nationales et  en 1966, elles étaient soumises à l’obligation d’agrément pour tous projets privés, sous le contrôle de la Commission nationale de l’investissement (CNI) ;
  • La période 1982 – 1988, a été marquée par une volonté d’encadrer et d’orienter  les PME, selon les objectifs fixés par le plan quinquennal de l’époque, conformément aux dispositions de l’Office pour l’orientation, le suivi et la coordination de l’investissement privé (OSCIP) ;
  • A partir de 1988, une option résolue de passage à l’économie de marché a été prise, et de facto, un nouveau cadre législatif a été mis en place et des réformes structurelles ont été engagées.

Un nouveau climat économique prenait forme durant les années 1990, particulièrement sur le plan des libertés et d’égalité de traitement en matière de droit à l’investissement. Toutes les entreprises algériennes, qu’elles soient publiques ou privées, bénéficient d’un même traitement. Une batterie de mesures a été prise, suivie par la mise en place de multiples institutions pour accompagner la promotion de la PME/PMI à commencer par : l’APSI, le CNI (le Conseil), le CALPI, l’ANSEJ, le FGAR, la CGCI-PME et l’ANDI.

Pour rappel, la définition  juridique et économique de la PME retenue en Algérie s’inspire fortement  des termes de référence retenus par les pays de l’OCDE.  L’Algérie ayant, en effet, adopté les principes de la Charte de Bologne sur les PME a laquelle ont pris part  les  pays de l’OCDE et un groupe de pays non membre de l’OCDE, parmi eux l’Algérie, en juin 2000. Cette charte  consacre, la définition d’une  PME qui  s’appuie sur des critères suivants : (1) les effectifs, (2) le chiffre d’affaires ; (3) le bilan annuel et (4) l’indépendance de l’entreprise.

Les retombées des mesures incitatives cités ci-dessus et des plans de relance économiques engagés au cours de la décennie 2000, ont été d’un apport conséquent sur le plan quantitatif. En 1999 le nombre des PME n’était que de 159 507 entités pour 634 375 salariés, avec une création de richesse de 2 510  milliards de dinars (valeur ajoutée), alors qu’à la fin 2009 il s’élève à 625 039 PME pour 1 756 964 salariés avec une contribution au PIB qui avoisine les 4 237,92 milliards de dinars.

Toutefois, et même si la contribution des PME à la formation du produit intérieur brut, hors hydrocarbures, est importante (80%), il n’en demeure pas moins qu’elles enregistrent de lourdes pertes, conséquences des risques qui affectent les objectifs de l’entreprise, ceci d’une part et d’autre part, elles évoluent dans un environnement complexe dominé par des fluctuations et des interdépendances des marchés ; nous abordons ici les risques de visibilité.

Pour les premiers, les gestionnaires de risques retiennent les risques de fréquence à savoir les vols, actes de sabotages,… et les accidents de travail. pour ce dernier risque, selon le bilan établi par la sécurité sociales (CNAS) en 2006, nos entreprises enregistrent en moyenne 50 097 accidents dont 2 739 sans arrêt de travail, 46 691 avec arrêt de travail et 667 décès, ce qui donne  un arrêt de travail moyen de 54 jours et une incapacité permanente moyenne de 12,4%  engendrant une facture d’indemnisation de 1,331 milliard de dinars pour la sécurité sociale. Les conséquences des sinistres d’entreprises sur le plan socioéconomique de la nation sont plus importantes, l’organisation mondiale de la santé estime qu’en moyenne un décès dû à un accident de travail est égal à une perte de 2 000 jours de travail en réalité. Cette situation impose d’elle-même  un recours aux mesures préventives qui contribueront en grande partie à la réduction de ces risques.

Quant  aux risques graves, en particulier les incendies, le bilan 2009 de la protection civile fait état de 989 incendies industriels, dont la majorité sont des PME,  ce qui donne un aperçu de l’ampleur des dégâts et de leur impact négatif sur celles-ci.  Encore une fois, le recours aux mesures de protection est la solution recommandée pour ce type de risques.

De ce qui précède, il apparait que les PME-PMI constituent un  gisement très important pour les assureurs en termes de couvertures tandis que ces derniers peuvent constituer un véritable partenaire pour les PME dans leur lutte continue contre les risques qui les menacent.

Abordons maintenant le second type de risques dits spéculatifs ( intégration dans le marché). Il s’agit de la crainte et de l’hésitation des établissements de crédits et des banques à accorder des financements pour les projets d’investissements, d’ailleurs comme il a été souligné par le Président Directeur Général de la Caisse de Garantie des Crédits à I’investissement (CGCI),  « seul 2% des PME ont eu accès au crédit ». L’objectif de la CGCI est de booster l’accès aux crédits  à l’investissement pour les PME-PMI. 
Par essence la prise de risque n’est-elle pas un domaine par excellence à laquelle les assureurs sont aguerris et vers lesquels les PME/PMI devraient se retourner pour bénéficier de leur savoir à travers divers mécanismes pour se faire accompagner dans leur développement ? 

La règle économique veut qu’une PME- PMI évolue, dans un premier temps, dans un environnement local, puis national, ensuite régional et enfin mondial.  Plus son évolution s’accentue et se confirme plus elle est soumise aux risques, et pour reprendre la citation de Sir Richard Needham: « toute médaille a son revers, il n’y a pas d’opportunité sans risque, et il n’y a pas de risque qui ne cache une opportunité. De ce fait gérer une entreprise c’est construire un portefeuille équilibré de risques ; c’est à-dire où les opportunités l’emportent sur les menaces. Gérer les risques c’est savoir prendre des risques ! ».

Or, aujourd’hui les entreprises vivent dans un environnement économico-social caractérisé par une translation des risques, c’est à-dire un passage des risques opérationnels (risques négatifs)  au risques de crises de visibilité (spéculatif et intégration marché): autrement dit les premiers risques « traditionnels » faisant appel à des réponses techniques dans un contexte accidentel, censés être maîtrisés (incendie, risques professionnels, dégâts des eaux et pertes d’exploitation,…etc.). Est-ce le cas pour nos entreprises? Quant aux seconds risques « qui relèvent  de la crise de visibilité », ils sont plus ambigus nés de la multiplicité des acteurs, de la complexité des réseaux, et de la simultanéité de la circulation de l’information, du aux processus de globalisation, les PME/PMI et les assureurs doivent les contenir et apporter les solutions, faute de disparition.

La forte concentration de nos PME/PMI à plus de 60% sur les wilayas du nord avec une agglomération très étouffée rend la maitrise des premiers risques très difficiles et entraîne parfois des conséquences alarmantes. Pour les PME/PMI exposées aux seconds risques, la maitrise des chefs d’entreprises en matière de gestion des risques (Risk–Management) n’est pas suffisamment développée pour ne pas dire inexistante. Aussi le nombre de courtiers considérés les mieux indiqués pour conseiller et accompagner les entrepreneurs en matière de couverture, de prévention et de rétention des risques sont au nombre limités (27) en Algérie, pour pouvoir accompagner les 625 000 PME/PMI.

L’accompagnement du secteur de l’assurance des PME/PMI, passera  par le développement des métiers  de courtiers, d’agents généraux et des bureaux d’expertises  en nombre et en qualité pour les assureurs d’une part, et d’autre part par la promotion de la fonction Risk-manager au sein des PME-PMI pour mieux réduire et contenir les  risques.

Au vu du nombre d’évènements dévastateurs (accidents industriels, catastrophe naturelle…etc.), ou de crise économique interne et/ou internationale entrainant des pertes d’emplois, une instabilité sociale,…etc, il y a lieu, aujourd’hui, que chacun des acteurs s’approprie les risques, autrement dit s’approprier et intégrer dans la gestion les risques et le recours aux mécanismes d’assurance. L’assurance peut rétablir  la situation financière d’avant sinistre dans le cas ou celui-ci survient et parfois elle peut garantir la survie de l’entreprise après une tourmente.

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