Quel apport de l'assurance est souhaitable pour aider l'émergence de la PME/PMI?

A travers cette contribution, il nous semble opportun  d’apporter quelques éclairages même de contribuer à la réflexion sur une question de grande taille et d’actualité en Algérie, à savoir, celle de la promotion de la PME/PMI, et plus précisément en abordant  le rôle essentiel des assurances dans l’accompagnement de celle-ci à travers  l’identification correcte des types de risques auxquels elle est confronté et une meilleure maitrise de ses besoins tant en matière de couvertures qu’en conseils.

Et si l’assurance et l’entreprise sont deux composantes interactives de l’économie, intimement liées, et que la croissance de l’un va de pair avec celle de l’autre, chacun nourrissant l’expansion de l’autre, l’aboutissement de cette osmose ne peut se révéler qu’en privilégiant une concertation transparente entre les deux parties, qui ouvrira certainement de nouvelles perspectives de progrès et de développement. Pour cela, il convient au préalable de s’interroger sur son présent avant de tenter d’imaginer, sous quelles formes, assurances et entreprises cohabiteront dans les décennies futures.

En premier lieu, nous rappellerons, les raisons diverses qui incitent à la réflexion sur la question de la promotion de la PME/PMI : de la mondialisation et de l’ouverture des frontières économiques (accords de l’OMC et ceux du libre échange), de la nouvelle économie mondiale qui se caractérise parun rythme accéléré de développement qui touche tous les domaines, tant économique, social, technologique, financier, qu’environnemental…

Les PME algériennes (1), de création relativement récente, n’ont pas fait l’objet d’études et de recherches nombreuses en sciences de gestion. En dépit de cela et de l’avis des experts, elles souffrent de problèmes multiples qui entravent leur fonctionnement : Manque de ressources de financement (2); absence de capacités techniques suffisantes pour s’adapter aux dynamiques de marché ; limitation des capacités de gestion et de management ; difficultés d’exploitation des technologies.  Présence d’un important secteur informel et de produits de contrefaçon ; gestion souvent de type familiale ; dépourvue de vision stratégique ; accès au foncier et à l’immobilier, qui rend encore plus difficile le lancement de projets de Pme…(3)

Pour palier à ces nombreux problèmes, la politique industrielle actuelle s’est s’inscrite dans le cadre de la réalisation de nouvelles PME et la promotion des performances de celles qui sont en activité, comme un enjeu clé de réussite. Avec l’annonce du lancement de 200 000 nouvelles Pme (plan d'appui aux PME inscrit dans le cadre du programme quinquennal 2009-2014), et la création d'1,5 million emplois. 20 000 Pme devraient suivre un programme de mise à niveau. (4)

Bien que ces actions de mutations structurelles (5)soient soutenues par une conjoncture économique favorable, elles ne permettront pas de combler l’énorme retard et le déficit des 400 000 Pme algériennes comparativement à ce qui se fait.
Les jeunes entreprises, pour survivre, dans un environnement caractérisé par une forte pression concurrentielle, doivent se montrer plus innovantes que leurs concurrents.

La compétitivité économique s’appuie de plus en plus sur les facteurs immatériels comme l'innovation la réactivité, la mobilisation des compétences, les capacités collectives d'organisation et de coopération.  

Les alliances stratégiques offrent une réponse adéquate aux problèmes et au danger de la mondialisation. (6)L'alliance permet aux entreprises de défendre leurs positions stratégiques contre des forces auxquelles elles ne peuvent pas résister, tout en ayant accès à des ressources auxquelles elles n'avaient pas accès, et à mieux transcender cette phase délicate. L’exemple de l’alliance stratégique entre des firmes multinationales et des PME a été illustré par le cas de l’accord entre Danone et Djurdjura en Algérie. (7)

Le secteur des assurances, en s’intéressant à la PME/PMI affiche une volonté réelle et une disponibilité à l’accompagner dans sa croissance en agissant en faveur d’une politique de coopération de type « gagnant/gagnant », et qui viserait, entre autre :

  • La promotion et le développement de  la culture des  risques au sein des PME/PMI,
  • La fluidification et la rénovation du marché de l’assurance dommages,
  • La contribution dans la création d’un label des professionnels de l’assurance spécialisés dans les risques PME, permettant de fournir aux PME de meilleurs repères sur les offres qui s’adressent à elles,
  • La maturation de  solutions alternatives de couvertures des risques,
  • L’accélération  de l’indemnisation des entreprises en cas de sinistres.

Les compagnies d'assurance jouent un rôle majeur dans l'identification et l'évaluation de risques nouveaux ou émergents. Aucun autre secteur d'activités ne fait de prévisions aussi précises à aussi long terme. Leur approche de la durabilité est donc fondamentale, non seulement pour l'ensemble de la profession, mais aussi pour toute la société.
 
A notre sens, il demeure des questions principales auxquelles il est urgent de remédier :

  • Améliorer la visibilité des PME/PMI,
  • Disposer de statistiques et d’informations fiables permettant de situer le risque sur une échelle.
  • Etat des lieux sur les couvertures existantes ainsi que sur les besoins,
  • La mise en place d'une base de données contenant des informations financières et comptables des PME-PMI pour le développement d'outils d'assurances favorisant le financement des ventes à crédit et par conséquent réduisant le nombre des PME-PMI évoluant dans l'économie informelle et pouvant accompagner le programme du gouvernement pour la création de 200.000 PME-PMI.

Ceci permettra une meilleure prise en compte de la spécificité de la PME/PMI, sa vulnérabilité, et l’identification des risques encourus, d’en connaitre enfin, le taux de pénétration de l’assurance avec exactitude.

Donner une image fidèle du secteur de la PME devient indispensable et une condition pour toute action visant l’institution d’un cadre de dialogue et de concertation, transparent et élargi qui rassemblera tous les acteurs économiques influents du marché.
L’assurance peut constituer un support à la croissance de celle-ci, elle visera davantage à découvrir de nouvelles perspectives permettant d’optimiser la gestion de l’entreprise dans ses rapports avec les risques susceptibles de l’affecter, qu’à dresser un catalogue de garanties d’assurance.

Le  développement croissant des risques que produit la société a engendré de nouvelles techniques de contrôle et de gestion des risques, ainsi que de nouvelles attentes des entreprises,  obligeant l’assurance à s’adapter sans cesse.

Parallèlement, on peut constater qu’à côté de ces nouvelles techniques de couverture coexiste une sous-culture assurantielle dans un grand nombre d’entreprises, où la sécurité est toujours perçue comme une injonction des assureurs et la catastrophe comme un coup du sort.

Rappelons les deux types de risques auxquels une entreprise peut-être confrontée :

1.  Les risques purs, définis comme étant le résultat du hasard (tels que les incendies, explosions,..), nécessitant une couverture financière.
2.  Les risques spéculatifs, qui sont l’essence même de l’entreprise (investissement de capitaux, lancement d’un nouveau produit, se lancer sur de nouveaux marchés…), ces prises de risques sont volontaires et elles ont pour objet d’engendrer un profit.

Généralement et hormis les grandes entreprises et groupes, au sein desquels il est vital d’adopter une politique de gestion des risques pour minimiser les coûts et sauvegarder l’image de marque, les PME/PMI n’arrivent toujours pas à disposer de gestionnaires de risques.

Toutefois les petites et moyennes entreprises, qui devraient prendre en charge la gestion des risques, doit incontournablement et au préalable, mettre en place une stratégie de formation adéquate. A défaut, l’option de faire appel aux professionnels en gestion de risques est tout indiquée.

Le rôle du gestionnaire de risques consiste à les identifier et les quantifier, afin de proposer des solutions pour les réduire, et de contribuer à la mise en place de la solution retenue. De plus il est l’un des interlocuteurs privilégiés de l’entreprise pour la gestion des couvertures adoptées et à adapter, et notamment des assurances. Il doit disposer de qualités pour gérer la couverture des risques, à même de négocier et de sélectionner les meilleures offres assurantielles, en évaluant le rapport entre les couvertures proposées et les coûts qui leur sont associés. Ceci suppose la maitrise de certaines compétences juridiques, financières et commerciales. Un profil qui n’est pas toujours aisé de trouver sur le marché du travail.

La  prévention se révèle aussi une solution efficace est rapporte en termes de compétitivité.Une bonne analyse du risque en amont, et pour peu qu’une volonté soit clairement exprimée, la plus grande partie du travail de prévention peut être fait avec des moyens réduits.

La prévention n’étant pas l’apanage exclusif des seuls spécialistes  est l’affaire de chacun de ceux qui sont  concernés par les risques.Et sans doute faut-il souligner ici le rôle important que peuvent – et que doivent –avoir, pour la prévention, les instances intermédiaires, locales, départementales, régionales ainsi que toute la société civile à tous ses niveaux. La prévention, affaire de chacun, affaire de tous.

La prévention est aussi affaire de culture, elle doit s’intégrer non seulement dans les instruments du progrès ou des gestes productifs mais aussi dans les mentalités et elle doit finir par faire partie de notre culture au sens propre de ce mot.

La gestion des risques modifie profondément l’attitude de l’entreprise car celle-ci va désormais analyser elle-même ses risques et ses besoins, définir sa politique de sécurité en fonction de cette analyse et considérer l’assurance comme un simple support financier à sa politique.
Si cette nouvelle démarche engendre des conséquences directes sur le comportement de l’entreprise vis-à-vis de l’assurance, en revanche, la montée de la gestion des risques va peu à peu modifier le rôle traditionnel des assureurs et des courtiers qui vont orienter, pour partie leur activité de la vente vers le conseil.

Besoins d’analyses toujours plus affinées, afin de faire coïncider les besoins de l’entreprise avec la réalité de son environnement et de sa sécurité.
Cette exigence va donner lieu à l’émergence d’un large éventail de services allant de l’ingénierie de prévention à la gestion de filiales de réassurance en passant par le traitement des données.


1-Selon les données statistiques publiées par le Ministère de la PME et de l’artisanat, il y aurait plus de 310.000 petites entreprises en Algérie, chiffre que l’on peut considérer comme objectif puisqu’il  résulte des immatriculations au Centre national du registre de commerce [CNRC] et à la Caisse nationale d’assurances sociales [CNAS]. Ce nombre ne tient naturellement pas compte d'une multitude d’activités non déclarées et qui répondent à la définition légale de la notion de PME. Les PME recensées en 2008 sont au nombre de 325.000 -avec 30.000 créations par an, ce qui  représente quelque 215 000 emplois permanents.
2-Le problème de l’accès au crédit est des plus préoccupants pour les candidats à la création de Pme. La Banque mondiale classe l’Algérie à la 135e place en matière d’octroi de crédits bancaires. A l’heure qu’il est, les banques publiques ne financent que 30% des projets.

3-Une étude du réseau Anima Network Investissement sur le financement des Pme révèle que l’Algérie a reçu une note de 2,5 contre 3,8 à la Tunisie et 4,3 au Maroc.

4-Un programme de mise à niveau a été lancé depuis mai 2009, concernant 450 PME locales, financé conjointement par l’Union européenne (à hauteur de 40 millions d’Euros) et par l'Algérie (4 millions).
-Programme algéro-allemand de la mise à niveau des PME algériennes (par l’agence allemande GTZ en collaboration avec l’agence nationale de développement de la petite et moyenne entreprise (AND-PME). Financé par le gouvernement allemand, à hauteur de 8,7 millions d’euros, ce programme a pour objectif d’améliorer la compétitivité des PME de moins de 20 salariés et ce, dans le cadre d’un dispositif de mise à niveau qui cible toutes les PME au niveau national.   

5-La création du Fonds national d'investissements (FNI) doté d’un capital de 150 milliards de dinars, ainsi que la création (par les banques publiques) de filiales -sous forme de sociétés de capital investissement. 
- L'Agence nationale de développement des PME (ANDPME) s’est d’ores et déjà équipée d’un portail Internet communautaire.
- Le renforcement des capacités exportatrices des PME est également soutenu par le programme OPTIMEXPORT.                                                               
6-Cheriet (Fouad) – Analyse des alliances stratégiques entre FMN et PME : cas de l’accord Danone Djurdjura Algérie-Montpellier : CIHEAM-IAMM, 2006 121p. (Thèse Master of science, IAMM 2005).

7- du même auteur.

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