Franchir le seuil décisif
Le marché national des assurances poursuit, au fil des ans, sa marche en avant, avec une croissance, tangible, portée par un chiffre d’affaires qui dépasse, pour la première fois, les 200 milliards de dinars, à fin 2025, progressant de 8,8%. Cette dynamique réelle et indéniable traduit une volonté des acteurs du marché d’être dans le mouvement du développement non seulement en gagnant en volume mais, aussi et surtout, en faisant de la prospective et de l’innovation des outils fondamentaux. Cependant, cette vitalité apparente suffit-elle, à elle seule, pour parler de maturité ?
Au-delà des indicateurs chiffrés traduisant la progression du chiffre d’affaires, le marché des assurances continue de révéler des fragilités structurelles. L’assurance Automobile, à titre illustratif, demeure dominante, presque au même niveau que l’IRD, certes, alors que les Assurances de Personnes peinent encore à s’imposer comme véritable instrument d’épanouissement et ce, une décennie et demie après la dissociation effective des Assurances de Dommages.
Globalement, la pénétration globale de l’assurance dans l’économie algérienne reste faible, signe d’un décalage persistant entre les potentialités véritables du marché et son niveau réel de développement. À cela, s’ajoute une culture assurantielle qui demeure à mieux construite puis à conforter. Bien qu’elle soit marquée par une adoption progressive, cette culture reste prisonnière de certaines limites toujours perceptibles dans la gestion des sinistres, la qualité de service et la transition numérique. Ainsi, sans se voiler la face, les acteurs du marché se doivent de mieux œuvrer à faire de leur relation-client (et potentiel assurable) une palpable et durable relation de confiance, sans laquelle -voire même lorsqu’elle est tronquée et non sincèrement traduite sur le terrain- aucun développement ne sera possible dans la durée.
Dans ce contexte, la question du modèle s’impose avec insistance. Le secteur se trouve à un moment charnière de son évolution. Il ne s’agit plus seulement de croître, mais de se transformer en s’adaptant aux exigences essentielles du marché. Consolider les acquis, diversifier les offres, bâtir et renforcer la confiance avec les assurés et s’adapter aux mutations profondes de l’environnement économique et technologique du pays deviennent plus que des impératifs. Il s’agit d’exigences et de conditions sine qua non. L’émergence de la Microassurance, l’assurance Santé ou encore le Takaful et tant d’autres chantiers à finir de fonder et de consolider, ouvrent des perspectives intéressantes. Insuffisamment structurées pour constituer de véritables relais de croissance durables, ces perspectives pourraient, alors, ne s’apparenter qu’à de dangereux mirages.
Ne pouvant se permettre de s’isoler des turbulences du monde ; des tensions géopolitiques, comme celles récentes des Proche et Moyen-Orient ; des perturbations des chaînes d’approvisionnement et les fluctuations du marché de la réassurance ; le marché algérien des assurances est directement ou indirectement exposée aux risques globaux. Ces contextes et facteurs imposent l’adaptation constante des mécanismes de couverture, ainsi qu’une montée en compétence en matière d’analyse et de gestion des risques complexes, dans des environnements micro et macroéconomiques au niveau desquels l’incertitude est menaçante et où la volatilité des expositions exige davantage d’anticipation et de résilience. Et, du coup, de la prospective.
Dès lors, l’accélération et la maîtrise de la transformation digitale s’imposent en urgence de l’heure, redéfinissant constamment les contours du métier d’assureur. Elle suppose, toutefois, des investissements conséquents et une modernisation en profondeur des systèmes d’information, tout en appelant à une vigilance accrue face aux enjeux de cybersécurité, de protection des données et de continuité opérationnelle…
S’impose, alors, au secteur des assurances en Algérie une exigence claire : franchir un seuil décisif. Celui qui sépare un marché en expansion d’un marché pleinement mature, diversifié et résilient, capable de transformer sa croissance en véritable profondeur structurelle, non seulement sectorielle mais, plus globalement, avantageuse à l’économie de notre pays.
Par Abdelhakim Benbouabdellah
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Secrétaire du CNA

